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Le leadership d’aujourd’hui : une entrevue avec M. Pierre Nelis

Pierre Nelis ASC, conseiller en affaires, intervient sur le terrain auprès d’entreprises pour tout ce qui a trait aux stratégies et tactiques, commercialisation et développement des affaires. Avant de faire partie de l’équipe d’Inno-centre, Pierre a évolué au sein d’entreprises diversifiées dans les domaines du génie-conseil chez Tecsult, au groupe Noranda et chez Bristol Myers Squibb pharmaceutique. Sa feuille de route polyvalente l’a mené chez la pionnière des logiciels d’effets spéciaux Softimage qui a été, par la suite, vendue à Microsoft. Après avoir démarré un projet international pour la division technologies avancées, il quitte Microsoft en 1998 et occupe divers postes d’administrateur de sociétés et effectue également des mandats in situ pour des investisseurs institutionnels et privés ainsi que pour des entrepreneurs. Il détient par ailleurs, un diplôme du collège des administrateurs de l’université Laval (ASC) ainsi que du Management Institute de l’université McGill.

Pierre Nellis

Étant intervenu dans plusieurs secteurs d’activités, incluant le divertissement, les cosmétiques et le secteur manufacturier, Pierre Nelis comprend très bien l’important rôle des leaders dans la réussite des opérations de toute organisation. Lors d’une rencontre, M. Nelis nous a fait part de ses connaissances et de ses expériences sur le rôle important des leaders au sein des organisations. Cet article rapporte le point de vue partagé par M. Nelis sous trois différents aspects : les leaders et la performance, les leaders dans un environnement en changement et les nouvelles tendances en leadership.

Encourager la performance

Les leaders peuvent donner le ton sur le plan de l’engagement des employés dans un milieu de travail. Quels sont, selon vous, les comportements/attitudes clés à avoir, en tant que leader, pouvant conduire à une main-d’œuvre hautement engagée ?

La première attitude à adopter pour garder ses employés engagés est la discipline, c’est-à-dire qu’il faut prêcher par l’exemple. La discipline empêchera votre équipe de s’éparpiller dans tous les sens. Ensuite, un leader se doit d’être accessible. Il doit écouter ce que ses employés ont à lui dire pour qu’ils ne se sentent pas ignorés. En plus d’écouter ce qu’ils ont à dire, il faut être ouvert aux idées et consulter les employés à outrance sur leurs opinions concernant la prise de décision. Bref, lorsque vous amorcez un projet, demandez à vos employés où ils veulent aller avec le projet et comment ils veulent y arriver. Il est important que vos employés se sentent inclus dans la prise décision et qu’ils aient le sentiment d’avoir un impact sur la prise de décision. De cette façon, les employés se sentiront plus impliqués et s’engageront davantage dans le projet par le fait même.

Comment procédez-vous en tant que leader afin de transformer la créativité en performance ?

Ayant travaillé dans des environnements créatifs, j’ai pu trouver quelques trucs pour transposer la créativité en performance concrète. Pour ce faire, il faut trouver un objectif concret, soit un objectif autour duquel l’équipe peut se rallier et c’est autour de cet objectif qu’il faut faire un plan d’action pour concrétiser les idées en réalisations mesurables et atteignables. Il faut des objectifs concrets et des remue-méninges pour exploiter au mieux la créativité. Le monde va s’engager et se rallier à cet objectif. S’il n’y a pas de mesure, la performance sera plus faible.

Pour mesurer la performance, il faut s’entendre sur un objectif et des critères d’évaluation du rendement reliés au domaine où vous travaillez. Il sera très important de suivre de près ces critères d’évaluation pour s’assurer de la progression de vos projets.

Les leaders et le changement

Quelle est l’importance d’un leader lors d’un changement dans la culture organisationnelle ?

La responsabilité du leader dans la réussite du changement est très grande. Dans un contexte de changement, c’est le leader qui va assurer la réussite du projet. Le leader doit être le catalyseur de ce changement. Les leaders démocratiques seront ceux qui aideront ce changement à être une réussite. Il sera l’élément permettant la réaction en chaine chez les employés pour permettre que le changement soit adopté. Ces leaders doivent encore une fois prêcher par l’exemple pour amener les employés à les suivre. On ne peut pas demander aux gens de se serrer la ceinture si l’on ne se serre pas la ceinture. Bref, les leaders doivent être prêts à faire les sacrifices qu’ils demandent à leurs employés de faire.

De plus, pour aider à engager les employés dans ce changement, il doit encore une fois demander aux employés où ils veulent aller avec ce changement et comment ils croient y parvenir. Il est important que les employés se sentent concernés dans le déroulement du changement et qu’ils aient leur mot à dire.

Dans ce cas et en vous basant sur votre expérience, comment un leader doit-il approcher un nouvel environnement de travail ?

La première étape pour un gestionnaire qui approche un nouvel environnement de travail est de faire les ponts avec celui-ci. Il faut se faire une idée de cet environnement, sans prendre de décisions ; le leader doit écouter, observer et consulter. Il doit se laisser le temps d’atteindre une vitesse de croisière. Souvent, les gestionnaires qui prennent une décision trop rapidement dans une nouvelle organisation, ont l’impression de bien connaître l’organisation, mais peuvent échapper certaines subtilités qui pourront avoir un impact sur la décision. Seule l’observation permettra de comprendre cette subtilité et le temps reste le plus grand facteur pour l’adaptation du leader dans son nouvel environnement.

Les nouvelles tendances en leadership

Avec la génération Y, faut-il considérer de nouvelles approches sur le plan du leadership ? Selon vous, quelles sont les tendances actuelles à ce sujet ?

Tout récemment, je travaillais avec un dirigeant qui disait avoir une très bonne comptable, qui alternait son travail au bureau et à la maison. Bien que cette employée livrait le travail demandé, le dirigeant trouvait désagréable qu’elle ne soit pas au bureau à temps plein. Le dirigeant souhaitait cesser les activités de cette comptable hors du bureau, sans réelle justification. Cette décision me semblait toutefois un peu dépassée, car les leaders d’aujourd’hui doivent être plus flexibles et doivent laisser aux employés plus de liberté si ces derniers restent efficaces. Bref, les leaders d’aujourd’hui doivent donner des objectifs mesurables, mais doivent rendre flexibles les moyens que les employés peuvent prendre pour les atteindre.

Nous remarquons aujourd’hui une transition entre les leaders, qui se rapprochent de leur retraite, et la jeunesse, qui impose de plus en plus ces idées. Ce nouvel environnement donne beaucoup de fil à retordre aux plus vieux, qui ont parfois des difficultés à s’adapter. Cependant, je ne crois pas que cette nouvelle génération de leaders soit encore prête à assumer la relève. Elle doit travailler avec les plus vieux pour gagner en expérience, pour être enfin prête.

Pour continuer, comment décririez-vous les leaders d’aujourd’hui ?

Les jeunes leaders d’aujourd’hui ne travaillent plus en quantité comme les plus vieux leaders, mais sont capables de travailler en qualité. Les dirigeants d’aujourd’hui sont beaucoup plus permissifs sur les démarches que leurs employés prennent pour accomplir leurs objectifs et sont plus flexibles sur la conciliation entre le travail et la famille.

Les jeunes leaders ont tendance à être plus démocratiques et à prendre leur décision en écoutant leurs employés prendre les décisions de manière collégiale. Les plus vieux leaders sont habituellement plus autoritaires et prennent souvent des décisions sans nécessairement consulter leurs employés. J’ai remarqué aussi que les jeunes leaders ont une meilleure capacité de communication interpersonnelle comparativement aux anciens.

Vous avez eu l’occasion de côtoyer différents types de leaders ? Quel est, selon vous, le rôle d’un leader dans une organisation évolutive ?

J’appelle ça un « leader-chef d’orchestre », c’est-à-dire un leader, qui ne doit pas nécessairement savoir jouer de chaque instrument, mais qui doit tous les comprendre. Bref, il ne doit pas savoir jouer du piano, mais il doit savoir ce que cet instrument apporte à l’orchestre pour créer un spectacle harmonieux. Ensuite, pour conclure l’analogie, le chef d’orchestre doit être en mesure de bien connaître ses musiciens pour être en mesure de leur demander de jouer d’une certaine façon pour s’adapter à leur auditoire.

Donc, le leader doit bien connaître son environnement et le rôle de ses employés pour bien coordonner leurs activités. Il ne doit pas être spécialiste, mais il doit s’entourer de ceux-ci. Bien connaître son équipe, lui permettra de s’adapter aux changements plus efficacement.

L’évolution des affaires a rendu les marchés beaucoup moins prévisibles qu’ils étaient. De nos jours, avec la mondialisation, les environnements changent beaucoup, forçant les leaders à s’adapter fréquemment à de nouvelles pratiques, à de nouveaux clients et, de plus en plus, aux compétiteurs. Ceux-ci se doivent d’être à la fine pointe du marché et d’être prêts à changer de direction d’un instant à l’autre.

Pour terminer, avez-vous des conseils à donner à la nouvelle génération de leaders ?

Le meilleur conseil que je pourrais donner est d’investir dans ses employés. Nous savons maintenant à quel point la formation continue des employés est importante et les leaders d’aujourd’hui ne doivent pas négliger cet aspect. L’argent que coutent ces formations ne doit pas être vu comme une dépense, mais un investissement. Bref, ces formations aideront à rendre les employés plus efficaces et diminueront le taux de roulement de votre entreprise.

Un autre truc qui m’a beaucoup servi par le passé, lors de l’intégration de nouveaux employés, était de jumeler ceux-ci à des anciens pour faciliter leur adaptation dans l’organisation. Les anciens employés avaient comme tâche de faciliter le développement des nouveaux dans leur nouvel emploi et de leur inculquer les valeurs organisationnelles, afin qu’ils puissent avoir une meilleure idée du fonctionnement de l’organisation.

Bref, le leader doit donner les conditions propices sur la patinoire pour que l’employé compte des buts.

Sofia Joel

Sofia Benjelloun
Agent de communications

Joel Durivage
Agent de développement corporatif