L’EXPÉRIENCE D’UN CANADIEN À L’ÉTRANGER

Dans le cadre du thème de cette édition du bulletin de nouvelles, nous nous sommes entretenus avec un expatrié professionnel afin qu’il nous présente son expérience à l’étranger ainsi que les défis qui y étaient rattachés. Monsieur Jean Marcotte, retraité, a fait carrière à la Défense nationale en tant que commandant et spécialiste en relations publiques et communications pendant près de 40 ans. Ce dernier a été amené à voyager à travers le monde dans le cadre de son travail pour différentes missions, ainsi que sur le plan personnel. Ce mordu d’expéditions hors du commun s’est aventuré dans plusieurs grands voyages desquels personne n’aurait eu l’audace d’essayer. En effet, il a vécu pendant quelques années en Belgique, plus spécifiquement à la frontière française et a dû se déplacer un peu partout en Europe de l’Est et de l’Ouest. Il a été envoyé à la corne de l’Afrique en mission et a traversé seul l’Asie à bicyclette. Monsieur Marcotte est un homme à mille et une histoires et anecdotes et il nous partage ses expériences. 

Dans le cadre de votre emploi, dans quels pays avez-vous eu l’opportunité de vivre et de travailler?
JM: En fait, j’ai pratiquement fait le tour du monde à l’exception de l’Amérique du Sud et de l’Australie.  Je suis allé partout en Europe de l’Ouest et de l’Est sauf en Russie et en Pologne ; c’est-à-dire la France plusieurs fois, l’Allemagne, l’Italie, le Portugal, l’Espagne, la Bulgarie, la Roumanie et plusieurs autres. De plus, j’ai vécu avec ma femme et mes trois filles en Belgique à la frontière de la France. Pour ce qui est de l’Afrique, je suis allé au Kenya, l’Égypte, la Somalie et j’ai également visité l'Israël et la Turquie. Du côté personnel, je suis un grand voyageur et je recherche toutes sortes de défis, ce qui m’a amené à traverser l’Asie en bicyclette et j’envisage également traverser l’Atlantique à la rame sous peu.
Quel(s) endroit(s) avez-vous préféré et pourquoi?
JM: Ma destination favorite doit être la Turquie, mon expérience a été formidable.
D’après votre expérience et selon ce que vous avez observé chez vos collègues, quels sont les plus grands défis qui s’imposent en ce qui concerne le travail à l’étranger?
JM: Le plus grand défi serait l’adaptation de la personne au sein d’un nouvel environnement où les façons de faire et de voir les choses sont différentes. L’erreur que les gens font habituellement est d’exiger des méthodes de travail et des comportements qui ne cadrent pas bien avec la culture des travailleurs. À titre d’exemple, nous ne pouvons pas exiger à des travailleurs de ne plus prendre leur pause et de continuer de travailler, si culturellement, c’est important pour eux de le faire. Ils le feront probablement durant les heures de travail, car cela fait partie de leurs mœurs. Par contre, il est possible d’identifier des éléments où vous pouvez exiger des changements, mais il faut s’assurer que ça ne va pas à l’encontre de leurs croyances. Ce qu’il faut comprendre c’est qu’ils ne seront pas en mesure de changer pour toi, alors il faut apprendre comment ils vivent.
Qu'est-ce qui complique l’intégration lorsqu’on arrive dans une nouvelle culture?  
JM: C’est difficile, car toutes, ou du moins presque toutes, nos habitudes quotidiennes doivent changer. En fait, toutes les petites choses font maintenant une différence. Je dirais qu’un des grands défis est de s’habituer aux habitudes alimentaires, c’est-à-dire que nous ne retrouvons pas les mêmes aliments au marché que dans nos supermarchés. Donc, les recettes que nous aimions et connaissions doivent changer. Nous devons développer une certaine ouverture envers les nouveautés culinaires. Je dirais que c’est souvent la grande raison pour laquelle les gens ont de la difficulté, spécialement ceux et celles qui accompagnent l’expatrié, soit la famille. Plus nous nous éloignons de notre culture, plus il est difficile de s’adapter.
L’organisation a-t-elle un grand rôle à jouer lors des mandats d’expatriation?
JM: Oui c’est certain ! Dans le militaire nous avions la chance d’être soutenus par les collègues et nous avions les coordonnées de coachs et d’autres personnes avec qui nous pouvions échanger en cas de besoin.
Comment avez-vous été préparé avant vos séjours à l’étranger?  
JM: Dans le temps, nous n’avions pas vraiment de préparation face aux difficultés culturelles, contrairement à aujourd’hui, spécialement pour les gens qui doivent quitter pour l’Afghanistan.
Est-ce que votre préparation était différente selon le pays ciblé?
JM: Non, à l’époque nous n’étions pas très préparés quant aux obstacles culturels avant notre départ. En fait, avant d’aller en Somalie nous devions voir un médecin, un dentiste et autres spécialistes pour s’assurer que nous étions en bonne santé et que nous ne nuirions pas à d’autres. Depuis un certain temps, les militaires sont préparés avant de partir. Ils reçoivent un briefing et une formation sur l’histoire du pays en question. De plus, un habitant de ce pays vient présenter les différentes règles culturelles, c’est-à-dire quoi faire et ne pas faire en tant qu’homme et femme ‘’visiteurs’’.
Les membres de votre famille ont-ils pu profiter d’un programme de préparation à l’expatriation avant le départ?
JM: Une fois à l’OTAN, ma femme a dû consulter un psychologue qui lui posait des questions afin de savoir si elle était intéressée à déménager et si tout allait bien entre nous. Ceci permettait d’identifier les risques possibles que je retourne plus tôt que prévu à cause des difficultés familiales.
Une fois rendu à destination, quel genre d’encadrement ou support avez-vous reçu de la part de votre organisation? 
JM: En fait, à l’époque nous n’avions pas beaucoup de recours avant de partir à l’étranger, mais l’organisation nous appuyait en nous offrant la possibilité de contacter un coach ou autre personne susceptible de nous aider lors de moments difficiles.
Croyez-vous que ce type de support continu favorise une meilleure intégration?
JM: Définitivement, il n’est pas toujours facile d’être à l’étranger pour une longue période de temps. Aussi, dans le milieu militaire il est fréquent de faire face à des situations difficiles à gérer alors le support qui nous est offert est très utile pour nous aider à passer au travers.
Lors du rapatriement, avez-vous reçu une aide particulière afin de faciliter votre réintégration au travail et dans la communauté?
JM: Contrairement à aujourd’hui, nous n’avions pas de période tampon lors du retour qui nous permettait de nous remettre de notre mandat, nous étions de retour rapidement au travail. Je me souviens d’une fois, lors d’un retour au travail ici au Canada, mon patron avait oublié que j’étais de retour et à dû me trouver un bureau dans un coin en attendant que les choses se replacent. De nos jours, il est rare de rencontrer une telle situation.
De façon générale et selon votre expérience, quelles qualités personnelles une personne doit-elle avoir si elle désire avoir du succès à l’étranger? 
JM: Selon moi, les gens qui envisagent aller à l’étranger doivent être ouvert d’esprit et être tolérant envers les différents comportements auxquels ils devront tout probablement faire face. La personne doit aimer créer de nouveaux contacts et doit également avoir de la volonté à apprendre sur la façon de faire et de vivre de la communauté hôte.
À l’inverse, quels traits personnels pourraient rendre l’intégration d’un individu difficile au sein d’une communauté qui ne lui est pas familière?
JM: Une personne qui doit travailler dans un pays étranger doit éviter d’essayer de changer les gens afin qu’ils s’accommodent à lui, il se doit d’être ouvert à changer certaines de ses habitudes, donc être ouvert d’esprit.
Que suggéreriez-vous aux futurs expatriés afin d’être bien préparés pour la réalisation de leur mandat à l’étranger?  
JM: Je crois qu’il faut vouloir s’intégrer et s’adapter à la culture et aux gens qui nous entourent, mais surtout d’être prêt à faire face à des malaises. Il ne faut pas avoir peur d’essayer et de profiter de cette expérience au maximum, mais la volonté a beaucoup à faire dans le succès de l’expatriation.

Mathieu Durivage
Conseiller en mesure et évaluation